Shadows

Shadows

(Fiction, Etats-Unis, 1959, 81’, NB, VOSTF)

de John Cassavetes
avec Ben Carruthers, Lelia Goldoni, Hugh Hurd, Anthony Ray

Greenwich Village, le New York des années 50. L’histoire de Benny, Hugh et Leila, frères et soeur qui partagent le même appartement et l’ambition de devenir artistes.

L’influence de l’oeuvre cassavetienne se répand au-delà de la cinématographie nord-américaine : Shadows peut être considéré comme le film précurseur de la Nouvelle Vague française.

« Comme chez la plupart des vrais cinéastes, les films de John Cassavetes sont habités d’un bout à l’autre par la nécessité, le besoin d’exister, d‘émerger, pour ainsi dire, de l’esprit du cinéaste, pour s’incarner à l’écran. C’est peut-être à cette urgence que l’on reconnaît une oeuvre véritable. <…> C’est donc pourquoi on aime John Cassavetes. En effet, la plupart de ses admirateurs ne le sont pas uniquement de ses films mais éprouvent à l’égard de l’homme, de l’acteur, du metteur en scène, une tendresse, un attachement qui dépassent la cinéphilie. La chaleur qu’il a infusée à ses films, à les réaliser et, parfois, à les interpréter, cette chaleur, par un procédé inconnu des physiciens, se communique aux spectateurs qui à leur tour la reportent sur le créateur. » John Cassavetes de Laurence Gavon et Denis Lenoir

Prix Pasinetti au festival de Venise 1960

« Sa structure associe une cinématographie du dispositif (le film se conçoit en fonction d’une conscience de spectateur, dont il cherche à obtenir ou vérifier certaines réactions spéculatives : précision des fins) à une cinématographie de l’aventure (au sens de risque, de devenir sans entrave et d’aléa : labilité des moyens). L’articulation de ces deux conceptions antagonistes de l’écriture s’opère grâce à une technique que le film affiche en un carton final : the film you have just seen was an improvisation. Au principe de l’improvisation, ( qu’il ne faut pas réduire à la simple absence de scénario), travaille une conception éminemment singulière de ce qu’est une créature, de la plasticité des corps, des fables de la personne auxquels les films postérieurs de Cassavetes resteront fidèles, mais dont Shadows revèle la provenance et décrit la dimension politique.» Nicole Brenez  Shadows de John Cassavetes, étude critique (1995), Coll. Synopsis, Paris, Nathan Université, rééd. 2006, 4

 “…derrière Lelia, dans la séquence de la querelle entre son frère noir et son amour balance, le dessin au fusain d’un cheval cabré recueille, arrête et monumentalise les sentiments de révolte et de colère qui parcourent vivement, dans la fragmentation de la violence, le devant de la scène le portrait, l’origine, les rapports plastique et politique qui superposent dans le plan le blanc et le noir, la définition de la figure comme ombre portée d’un référent hors-film : ce premier paradigme, qui remonte au plus loin d’un imaginaire classique de la figuration, définit essentiellement la représentation comme geste, affect et souci de l’autre on rejoint alors l’autre sens du mot shadow en anglais : ami, compagnon inséparable. » ibid 66

“Bien loin d’un réalisme naturaliste, Shadows renvoie à une poétique du figurable, où la figure, à la fois blanche et noire, semblable et différente, absolument là et toujours informe, sans limites, exige que l’on repense tout à partir d’elle, qui commence sous nos yeux. (…) Derrière Lelia, dans la séquence de la querelle entre son frère noir et son amour balance, le dessin au fusain d’un cheval cabré recueille, arrête et monumentalise les sentiments de révolte et de colère qui parcourent vivement, dans la fragmentation de la violence, le devant de la scène le portrait, l’origine, les rapports plastique et politique qui superposent dans le plan le balnc et le noir, la définition de la figure comme ombre portée d’un référent hors-film : ce premier paradigme, qui remonte au plus loin d’un imaginaire classique de la figuration, définit essentiellement la représentation comme geste, affect et souci de l’autre on rejoint alors l’autre sens du mot shadow en anglais : ami, compagnon inséparable.(…) Bien loin d’un réalisme naturaliste, Shadows renvoie à une poétique du figurable, où la figure, à la fois blanche et noire, semblable et différente, absolument là et toujours informe, sans limites, exige que l’on repense tout à partir d’elle, qui commence sous nos yeux. »  ibid, 67-68.

Dernière séquence, Ben traversant Broadway la nuit « Ben nous livre le noyau dur du ‘Cassavetisme’, en une figure superbe qui expose à l’état brut les valeurs thématiques et stylistiques de Cassavetes, dont la principale est peut-être l’indétermination, la profonde plasticité des sentiments. (…) ( le principe de) l’impossible partage du public et du privé, l’équivalence du politique et de l’affect, traduite notamment par les passages ou substitutions entre l’intime et la rue. » ibid 78

Light-skinned African-American Lelia Goldoni falls in love with a white man Anthony Ray, who spurns her when he meets the rest of her family.

 An article about Shadows in English