Morphine

Morphine / Морфий

(Fiction, Russie, 2008, 110’, C, VOSTF)

de Alexeï Balabanov
avec Leonid Bitchevine, Ingeborga Dapkunaite, Aleksandr Mossine, Andreï Panine

Inspiré de nouvelles autobiographiques de Mikhail Bulgakov. Un jeune docteur arrive dans un hôpital de province au début du 20e siècle et progressivement devient toxicomane. C’est l’enfer dans lequel il entraîne une infirmière dont il tombe amoureux.

 
« Je ne cherche pas à donner la bonne parole, à mettre les gens dans le droit chemin. Je vous dis ce que je vois et ce que je sais, mais je ne jette rien à la figure de quiconque. Morphine n’est pas un film sur la drogue, pas plus qu’un manifeste anti-drogue. (…) Que chacun tire ses conclusions. Boulgakov a écrit une autobiographie, il a laissé tomber la seringue à temps, il s’en est sorti. C’est rare. La fin du film est plus naturelle : un homme talentueux sombre jusqu’à toucher le fond. C’est souvent ce qui se passe. Pas simplement à cause de drogues. Il y a autour de nous tant de choses pour nous tenter. »

Morphine est né du désir de son ami Sergey Bodrov, acteur et réalisateur tragiquement disparu lors d’un tournage en 2002 en Ossétie du nord. Il avait écrit le scénario pour Morphine et Alexey Balabanov a tenu à finaliser le travail fait par son ami, dont il admire la qualité alors qu’ils n’étaient pas d’accord lorsqu’ils en parlaient de son vivant. Balabanov a changé la fin, mais les scènes érotiques, inexistantes dans l’oeuvre de Boulgakov ont été voulues par Bodrov.

 

“La déchéance du médecin est mise en parallèle avec l’accélération de l’histoire de la Russie en cette année 1917, la mort du médecin coïncidant avec la victoire des révolutionnaires. Un film sombre où à l’instar d’Andrey Khrzhanovsky, Alexander Balabanov, l’Histoire n’est abordée que de biais. Un film où il faut aussi lire selon son réalisateur l’actualité des russes d’aujourd’hui ceux des provinces éloignées minés par l’alcoolisme, la drogue, la violence, la malnutrition et pour qui rien ou presque n’a changé depuis la révolution. Un film sombre bien mené en dépit d’un scénario qui manque parfois de liant, ” Morphia ” est par moments très cru à la limite du supportable, avec ces jambes qu’on sectionne, ces femmes éventrées, les visages brûlés, l’amour est mis en ellipse au profit de préliminaires pervers significatifs de l’incapacité d’aimer du jeune docteur totalement sous l’empire de son addiction. Le tour de force du film réside dans sa faculté à désamorcer par le rire la cruauté et la violence qui le caractérisent à travers une réplique, un mouvement, une expression parfois dans le même plan où ce qui se passe devant nos yeux est atroce. Cette démarche réussit à installer le film dans une atmosphère indécidable et maintient le spectateur à une juste distance par rapport aux images; La distance nécessaire à la réflexion.”jetsetmagazine.net