Mélodie pour orgue de barbarie

Mélodie pour orgue de barbarie / Мелодия для шарманки

(Fiction, Ukraine, 2009, 153’, C, VOSTF)

de Kira Mouratova
avec Lena Kostyuk, Roma Burlaka, Natalya Buzko

Après la mort de leur mère, le garçon et sa demi-sœur n’ont d’autre choix que d’aller retrouver leur père respectif dans la grande ville. Par la route, ils rencontrent une multitude de gens différents : des bons et des méchants, des pauvres et des riches, des intelligents et des sots. Mais personne ne s’intéresse à eux, chacun a ses propres problèmes. Et encore plus à la vieille de Noël! Et la froide nuit magique ne se terminera pas comme dans les contes…

“Réputée pour être une cinéaste marginale, Mouratova parvient à étonner et déranger avec chaque nouveau film. « Je ne représente aucune école, je n’en crée aucune et je n’en ai créée aucune, clame-t-elle. Tu es ce que tu es. Par exemple, je dis : je dois plaire en premier lieu à moi-même, et ensuite il me serait agréable de plaire aussi à l’humanité. Mais même si je ne le disais pas, je ne pourrais rien faire d’autre. Je peux dire : celui-ci, il fait des films pour l’argent, mais même pour l’argent, il fait aussi comme il sait, autrement dit, comme il aime, ce qu’il aime, ce qui lui plait. De toute façon, les gens font ce qu’ils peuvent, ce qui leur est caractéristique. » Mélodie pour orgue de Barbarie, qui raconte l’histoire de deux orphelins à la recherche de leurs pères respectifs, n’échappe pas à la règle et se présente comme un film surprenant. Il semble prendre la suite de films-contes mouratoviens tels que Le Milicien amoureux (1992) où l’intrigue démarrait lorsqu’un milicien trouvait un bébé dans un chou. Il apparaît, en effet, de prime abord comme un conte de Noël, car il est émaillé de références aux grands classiques littéraires du genre tels que Le Petit garçon à l’arbre de Noël du Christ de Dostoïevski ou encore La Petite fille aux allumettes d’Andersen. L’imagerie de Noël parsème le film sous forme de sapins synthétiques aux couleurs criardes, qui surgissent dans la gare, le supermarché, le casino et les rues de la ville et qui sont vendus dans le train, ou encore sous forme de cartes postales et de chants de Noël. Mais cette imagerie est détournée ou inversée. Le conte de Noël se révèle être un anti-conte non seulement dans sa narration, mais également et surtout dans son refus de l’empathie et du miracle divin. La société que le parcours des enfants permet au spectateur de découvrir est une société éclatée, où se côtoient des personnages isolés et incapables de communiquer. Plus encore, des espaces entiers de cette société autiste semblent dédiés aux pratiques solitaires et soliloquantes. C’est le cas pour le supermarché, où l’action du film vient s’échouer. Si le film se refuse à être un simple conte, il ne se satisfait pas non plus de refléter l’état du monde contemporain. À travers quelques éléments, nous sentons sourdre dans la structure du film une temporalité mythologique.” Eugénie Zvonkine, kinoglaz.fr

« Mouratova n’a pas peur d’apparaître banale, d’ailleurs elle n’a jamais peur ; comme une vraie artiste, elle a sa recette : ajouter son intonation unique, inimitable – et alors apparaît une nouvelle facette de pensée, aussi ancienne que le cinéma. Et Mouratova le fait – elle ajoute du silence. Tout le monde se tait, se précipite dans ce silence, quand les enfants regardent à travers la fenêtre d’autres enfants, nourris et bien habillés. Toute cette scène se passe dans un silence êtourdissant. Pas de musique, pas de craquement de neige sous les pieds, pas de sanglots enfantins. Il n’y a pas de monde sauf ce monde-là, derrière cette fenêtre. » Ekaterina Barabash, Nezavisimaya Gazeta (ng.ru)

Grand prix Festival du cinéma de la CEI, Estonie, Lettonie et Lituanie « Kinoshock », Russie, 2009