Leviathan

Leviathan

(Documentaire, France/Etats-Unis/Royaume-Uni, 87’, 2012, C,VOSTF)

de Lucien Castaing Taylor et Véréna Paravel
avec Declan Conneely, Johnny Gatcombe, Adrian Guillette

En embarquant sur un chalutier pour dresser le portrait d’une des plus vieilles entreprises humaines, Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor témoignent, dans un flot d’images sidérant, de l’affrontement de l’homme, de la nature et de la machine. Tourné à l’aide d’une dizaine de caméras numériques ballottées au gré du vent et des vagues, sanglées aux corps des pêcheurs, aux cordages du bateau, gommant tous repères, et où la mer et le ciel finissent par se confondre, ce documentaire nous avertit des menaces de la pêche intensive autant qu’il révèle la beauté foudroyante des entrailles de l’océan.

« Nous avons embarqué avec un intérêt : celui de révéler un monde, sans attentes particulières, ou plutôt qui défierait toute attente, y compris les nôtres. La plupart des documentaires sont anthropocentriques et pensent révéler un monde alors qu’ils ne font que rendre compte d’un discours, un point de vue réductible à de la prose, sans s’intéresser à la vie elle-même, telle qu’elle est vécue. Le cinéma permet pourtant et justement d’éviter ce piège absurde. Notre volonté était de relativiser le coté directorial que la plupart des documentaires ont par rapport à leur sujets, pour créer une représentation aux perspectives optiques et physiques multiples et à la fois bien plus intime devant ce qu’est la vie à bord d’un chalutier. »

« Leviathan (…) est un documentaire expérimental montrant la brutalité du travail en haute mer, mais c’est aussi une expérience sensorielle, un film d’art et d’horreur.» Marie Lechner, next.liberation.fr

Festival de Locarno 2012 : Prix de la critique et Mention
spéciale IndieLisbona – Prix du jury
Festival de Belfort – Grand prix du jury

“Cette manière fragmentaire de fouiller l’opacité fait planer un danger latent, façon Blair Witch des mers. «Les gros plans et les détails sont plus proches de notre vécu que les plans larges et sereins. La vie elle-même est opaque. Mais il faut ajouter que la vie sur le bateau se referme soudainement autour d’elle, c’est une vie claustrophobe, entassée, sans intimité, et c’est peut-être aussi ce qui nous a poussés à nous approcher, ou même à nous accrocher aux choses que nous filmions.» Les réalisateurs ont eu recours à une douzaine de caméras numériques compactes utilisées par les amateurs de sports extrêmes qu’ils ont fixés sur le bateau, sur les casques des pêcheurs ou lancées par-dessus bord. «L’essentiel des prises sont filmées par des corps, ceux des marins-pêcheurs ou les nôtres, y compris dans les séquences sous-marines. Nous sommes penchés au bord du bateau, nous tenant l’un l’autre pour ne pas nous faire emporter par les vagues. Toutes les prises sont profondément liées à nos corps, mais pas d’une façon qui s’accorde avec les diktats du documentaire ou du cinéma vérité, ou du cinéma tout court.»

 Raffiot. Comme pour la plupart des films sortis du Sensory Ethnography Lab, dans Leviathan, le son est capital : cris des mouettes, raffut du raffiot, des machines, de la mer, de l’univers qui contrastent avec le mutisme des matelots bercés de heavy metal. «Les documentaires sont trop attachés à la parole. Le discours, c’est du langage, une forme atrophiée de représentation si on la compare à la magnitude de l’expérience humaine et animale.» Leviathan est un film sans parole mais un «film hurlant» disent les réalisateurs.” Marie Lechner , Libération