Les Pâtres du désordre

Les Pâtres du désordre / Οι Bοσκοί της Συμφοράς

(Fiction, Grèce / France, 1967, 120’, NB,VOSTF)

de Noco Papatakis
avec Olga Karlatos, Yorgos Dialegmenos

De retour dans son village natal après un séjour raté en Allemagne, un berger rêve d’émigrer en Australie. Sa mère voudrait le garder près d’elle et échafaude des plans de mariage. Un de ses copains d’enfance égorge ses bêtes pour l’empêcher de partir tant que lui-même n’a pas fini son service militaire. Mais le berger se révolte, entraînant avec lui la fille de son patron.

 
« Son cinéma est celui de la démesure mais d’une démesure qui se développe progressivement à partir d’une attention scrupuleuse au réel. Claude Levi-Strauss notait déjà à propos des Pâtres du désordre que le film présentait un «intérêt considérable pour un ethnologue car il part de l’observation la plus concrète, la plus minutieuse et la plus véridique des coutumes d’une société pour s’épanouir progressivement dans toute la splendeur d’une mythologie». Chaque film de Papatakis témoigne en effet d’un passage du réel à l’imaginaire. Tous ses personnages sont en un sens eux-mêmes des metteurs en scène, certains d’entre eux allant jusqu’à organiser leur suicide méticuleusement. Chez Papatakis nous assistons au retour de la tragédie mais elle n’est pas l’oeuvre des dieux antiques mais bel et bien celle de toutes les aliénations psychiques et sociales qu’engendrent l’hypocrisie et le conformisme politique, moraux et religieux. Chacun de ses héros pourrait s’écrier comme le berger des Pâtres du désordre «l’heure admirable où la mort m’a choisi». Car Papatakis refuse les fins apaisantes. Sa subversion est de croire que l’espoir naît de la négation. En ce sens il est proche du seul cinéaste auquel sa démarche s’apparente : Luis Buñuel, autre irréductible, autre artiste à la trajectoire exemplaire, hostile à tous les compromis. » Michel Ciment, festival-larochelle.org