Les Hommes contre

Les Hommes contre / Uomini contro

(Fiction, Italie/Yougoslavie, 1970, 141’, C, VOSTF)

de Francesco Rosi
avec Alain Cuny, Gian Maria Volonte, Mark Frechette

1916. Sur le front italien, un jeune lieutenant idéaliste découvre l’absurdité et l’horreur du conflit et s’oppose à l’obstination inhumaine d’un général insensé.

« Chez Rosi le champ de bataille devient la médiation concrète des relations humaines, économiques, sociales, politiques. (…) la lutte des classes se déplace sur le front sans changer de nature. En ce sens le film va plus loin que les analyses critiques de Kubrick dans Les sentiers de la gloire ou de Losey dans Pour l’exemple, qui s’en tenaient à un point de vue humaniste et libéral. »

Michel Ciment, Le dossier Rosi, 1976, 33


« Ce n’est pas seulement l’expérience du contact avec l’horreur, avec le sang, mais c’est l’expérience directe, quotidienne, jour après jour, à côté d’une énorme masse de paysans, parce que les soldats étaient pour la plupart des paysans. C’était sa première occasion de découvrir que cette masse de paysans acceptait cette guerre comme un tremblement de terre, avec l’inévitabilité de quelque chose de naturel qui leur tombe sur la tête : il voit que les paysans subissent au lieu de participer. Et pour la première fois dans un livre de témoignage, il y a une guerre, cette guerre-là, vue d’une façon qui montre la différence des cultures, la différence des classes. » ibid 111-2, (à propos des Mémoires de Lussu qui ont inspiré le film)

« MC- Votre cinéma tient la gageure d’être à la fois ‘scientifique’ et personnel.

FR – Il y a, disons, une dialectique dramatique entre le plaisir qu’à un –passez-moi le mot- qu’a un artiste à s’exprimer et le frein que je m’impose. C’est un  conflit entre l’instinct, la libération totale de l’intuition artistique et le travail analytique que peut faire la logique, le raisonnement, dans la perspective idéologique et morale choisie. Mais ce conflit n’arrive pas, bien sûr, parce que je ne le veux pas, à tuer la liberté de mon intuition ; au contraire, je veux qu’elle se libère dans un moment de réflexion, de raisonnement, pas seulement au niveau de l’instinct. Je pense que Les hommes contre traite aussi le sujet au niveau poétique. Mario Soldati et Fellini ont même dit que c’est un film absolument lyrique. Mais en même temps il y a une structure idéologique très précise, une exigence morale qui m’appartient à travers mes films. »ibid 117

« Je ne définirai pas ce film comme antimilitariste. La saleté de la guerre, sa cruauté, les attaques à la baïonnette, je les montre physiquement, mais ce que j’ai voulu faire en priorité, c’est monter, à l’intérieur de la guerre, l’oppression d’une classe par une autre, d’une culture par une autre. Les paysans ne comprenaient pas la raison pour laquelle ils allaient mourir, ils ne comprenaient rien à ces symboles sans rapport avec leur existence concrète, mais appartenant à une autre culture. Dans le personnage qui représente la classe dominante, le général, il y a de la folie, folie qui n’est pas seulement en lui, mais qui vient aussi de son métier, de sa responsabilité. » ibid 122

« On peut avoir les meilleurs acteurs, les décors et les costumes les plus parfaits, on ne peut rien en tirer si on n’a pas une lumière juste. La lumière est essentielle pour créer une ambiance, pour donner leur signification aux choses, pour créer une tension entre les personnages. Et j’ai toujours encouragé mes chefs-opérateurs- Di Venanzo, De Santis- à prendre le maximum de risques. »ibid124