Juste avant l’orage

Juste avant l’orage

(Documentaire, France, 90’, C, 2013)

de Don Kent
avec Istvan Szabo, Jean Rouaud, Heinz Wismann, Volker Schlöndorff, Hélène Carrère d’Encausse

Des lieux historiques, un historien volontairement iconoclaste en guise de fil rouge, des intervenants d’horizons culturels variés, des archives rares, des visions de l’Histoire objectives, subjectives, singulières, cinématographiques, littéraires, musicales, philosophiques… Le documentaire part du principe que l’Histoire ne peut plus appartenir aux seuls historiens. Pour explorer six mois ayant précédé le 28 juin 1914 Don Kent, le réalisateur, parcourt les villes européennes emblématiques de cette époque.

« Dans les années trente, mon père travaillait dans les chantiers navals de Sunderland, ville sur la côte Nord-Est de l’Angleterre où il est né en 1914. Avant lui, mon grand- père travaillait au même endroit. Ce grand-père, je ne l’ai jamais connu. En regardant une vieille photo de mon grand-père trouvée dans les affaires de mon père, je me suis dit que je voulais essayer de comprendre, de sentir ce monde et les événements qui avaient pu conduire cet ouvrier du nord de l’Angleterre à se faire voler en éclat dans la boue des Flandres, cet homme qui a été happé par l’Histoire. »

« …Documentaire de Don Kent, retient l’attention tant par la richesse de son contenu que par l’originalité de son approche. Le réalisateur d’origine écossaise est lui-même neveu, si l’on peut dire, d’un soldat britannique tombé en France en 1915. C’est une vieille valise que conservait son père, remplie de livres et de photos relatifs à 14-18, qui a mis Don Kent sur la trace de cet oncle mort trente ans avant sa naissance. Et cette quête mémorielle est prétexte à un voyage en train à travers l’Europe d’aujourd’hui, au fil des lieux qui témoignent de celle d’hier, celle d’avant la « grande boucherie ». L’enjeu est de donner à voir la vie culturelle d’alors, ses contrastes et ses contradictions. Et c’est plutôt réussi. (…) Mais l’itinéraire emprunté par Don Kent n’est pas que culturel. Le réalisateur n’omet pas un aspect essentiel : les bouleversements du côté des forces productives, sous l’effet du taylorisme apparu outre-Atlantique. Il souligne d’ailleurs combien la classe ouvrière fut utilisée comme chair à canon, à l’instar de son oncle, dont il ne retrouve toujours pas, à la fin de son périple européen, le visage sur les photos laissées par son père, mais dont il sait au moins quel était le métier, avant de monter au front : ouvrier de fonderie dans l’Angleterre clivée d’Edouard V. » Laurent Etre, l’Humanité.fr